Les structures de l’ESS qui apportent des réponses aux besoins sociaux des territoires sont nombreuses mais souvent insuffisamment connues des services sociaux gérés par les collectivités publiques. C’est pour répondre à cet enjeu qu’en juin 2025 les étudiants de première année de l’École Normale Sociale (ENS) ont exploré le 18ème arrondissement pour mettre en lumière le dynamisme du tissu associatif local.
Dans le cadre de la formation au Diplôme d’État d’Assistant de Service Social (DEASS), Le Diagnostic Social Territorial (DST) est un passage obligé.« C’est une démarche d’ampleur alliant théorie et pratique qui permet aux étudiants une première approche à la fois sensible et objective des dynamiques locales », explique un cadre de l’Ecole Normale Sociale (ENS), situé rue de Torcy (Paris 18ème). « En 2025, nous avons voulu mettre cet exercice pédagogique au service des besoins du service sociale de notre arrondissement« .
Une commande concrète pour un besoin de terrain
La Maison des Solidarités du XVIII° – service public parisien qui assure la réponse sociale de premier niveau pour tous les habitants de l’arrondissement – a pour sa part identifié de longue date un besoin récurrent : “Nous savons que nous partageons notre territoire avec une myriade de structures de l’ESS qui contribuent localement à la réponse sociale et avec qui nous pourrions collaborer. Malheureusement, par manque de temps, il nous est difficile de toutes les connaître, témoigne une assistante sociale. Pouvoir bénéficier du travail de collecte de données et d’analyse des étudiants constitue une opportunité pour mieux travailler ensemble”, poursuit-elle.
Un partenariat est alors signé entre l’Ecole et le service social afin de confier une mission aux étudiant·es: explorer le territoire pour identifier les ressources de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) dans le 18ème et les restituer aux travailleur·euses sociaux·ales. L’enjeu est de taille, car il s’agit de favoriser une meilleure articulation entre les solidarités horizontales émanant du territoire et incarnées par les structures de l’ESS, avec celles de la République, plus institutionnelles et mises en œuvre par le service social de Paris. De quelle façon ces dispositifs se rencontrent-ils et comment s’articulent-ils localement ?
Arpenter le territoire pour mieux le comprendre
Pendant le mois de juin 2025, les étudiant·es ont donc quitté leur salle de cours pour « arpenter » le 18ème, un territoire à la forte identité qui présente des réalités contrastées. L’arrondissement se caractérise en effet par une densité de population très élevée combinant des zones riches et attractives, avec des quartiers concentrant des difficultés sociales et économiques. L’exercice pédagogique consiste à saisir ces complexités, à qualifier le lien qui unit les structures de l’ESS et le service social et à restituer l’ensemble au sein d’un répertoire qui permettra aux assistant·es sociaux·ales de la ville de mieux connaître l’offre sociale des structures de l’ESS.
Une méthodologie rigoureuse
La démarche pédagogique s’est appuyée sur une méthodologie rigoureuse : observations directes, marches exploratoires, entretiens avec des professionnel·les et questionnaires auprès des habitant·es. Les étudiant·es se sont réparti·es en binômes thématiques pour aller à la rencontre d’une centaine de structures. Iels ont ainsi poussé les portes de restaurants solidaires comme « La Table Ouverte », ou encore de ressourceries comme « Le Poulpe ».
L’analyse des étudiant·es a mis en lumière un paradoxe : si le tissu associatif de l’arrondissement est d’une richesse exceptionnelle avec plusieurs centaine d’associations recensées, les coopérations avec les services institutionnels sont globalement qualifiées de modestes, fragiles, ou ponctuels. D’après l’enquête des étudiant·es, cette situation s’explique par l’absence d’outils de communication communs qui empêchent la connaissance réciproque des dispositifs.
Un outil pour favoriser l’interconnaissance
En plus du diagnostic, les étudiant·es ont conçu et livré un outil innovant pour susciter les rencontres : une carte numérique interactive et un tableau de bord collaboratif. Cet outil utilise un code couleur intuitif (bleu pour l’insertion, vert pour l’alimentation, orange pour l’équipement) et répertorie les informations pratiques essentielles, comme l’accès aux personnes à mobilité réduite (PMR).
La démarche s’est conclue le 30 juin 2025 par une séance de restitution à l’école de travail social, réunissant les parties prenantes de la démarche. Au-delà de l’outil livré, cette expérience a permis aux futurs assistant·es sociaux·ales d’éprouver les difficultés de la coopération locale, mais aussi de comprendre que la solidarité de demain passera nécessairement par une plus grande hybridation entre l’action publique et les initiatives citoyennes qui s’incarnent dans l’ESS.